communiqué d'OVALE : l'Observatoire de Vigilance et d'Alerte Ecologique, association indépendante créée par Corinne LEPAGE et Michèle RIVASI, rassemblant juristes, scientifiques, journalistes, médecins et sociologues, se veut une force d'alerte et de proposition sur les questions d'environnement.
Diverses interventions autorisées émanant d'instances ministérielles ont fait savoir au pays que le " grand débat national " sur les orientations énergétiques pour les trente ans à venir était terminé au motif qu'il y avait urgence à lancer la construction de la " tête de série " d'un nouveau réacteur nucléaire de grande puissance dénommé EPR. La décision-clef est donc déjà prise, avant que les parlementaires aient commencé de discuter le projet de loi. Le débat annoncé ne sera donc qu'un simulacre de pratique démocratique, une occasion de plus offerte à la classe politique pour se déconsidérer aux yeux des citoyens.
Sur le fond, cette présentation simpliste des enjeux est innaceptable à plusieurs titres.
En premier lieu et pour de nombreuses raisons, il n'y a aucune urgence à décider la construction d'une nouvelle unité nucléaire :
1°) au terme de l'examen de 6 scénarios, depuis celui du laisser-faire à celui où la maîtrise des consommations d'énergie serait le pivot de la politique énergétique, le rapport au Premier ministre intitulé " Etude économique propective de la filière électrique nucléaire " (septembre 2000) conclut que la date de mise en route de cette nouvelle unité devrait intervenir au plus tôt entre 2022 et… jamais.
2°) cet EPR inutile, dont le coût est annoncé à 3 milliards d'Euros, constituerait une solution du passé, juste une évolution de la technologie actuelle avec tous ses défauts, sauf qu'il est pourvu de quelques dispositifs en ultime secours sensés éviter qu'un accident gravissime aboutisse à une catastrophe de type Tchernobyl. Si on veut convaincre l'opinion française, plutôt réticente, de poursuivre dans la voie de son splendide isolement " tout-électronucléaire ", il vaudrait mieux avoir quelque chose de plus attractif à proposer !
3°) la construction rapide d'un EPR en France est présentée comme indispensable pour disposer d'un démonstrateur apte à séduire des clients étrangers. Cet argument est doublement spécieux. En effet, avec les décisions anglaise, allemande, belge, espagnole, italienne, danoise, suédoise, norvégienne et autrichienne de ne pas développer ou de sortir de l'électronucléaire, le marché des centrales nucléaires est quasiment mort en Europe et le petit marché asiatique est fermement tenu par les Coréens et les Japonais ; le seul client européen décidé, la Finlande, n'a besoin que d'un seul réacteur et il est évident qu'il ne va pas attendre dix ans que la construction d'une première unité en France soit menée à bien et sa mise en service réussie.
En second lieu et en revanche, il y a urgence immédiate à orienter la politique énergétique de notre pays dans une direction différente de celle actuellement suivie. Si la politique d'urbanisme et de transports en œuvre depuis des dizaines d'années n'est pas immédiatement infléchie pour tempérer puis réduire le besoin des déplacements en automobile, si la politique d'investissements énergétiques ne cesse pas immédiatement d'accorder la priorité à la production d'énergie au détriment de la réduction des gaspillages, et si la fiscalité n'est pas immédiatement modifiée pour inciter à modérer les consommations d'énergie, la société française pourra chaque année qui passera constater l'augmentation continue de ses consommations et mesurer l'écart grandissant entre celles-ci et les objectifs qu'elle est s'engagée à atteindre du fait de la ratification du Protocole de Kyoto par le pays.
La situation est grave. Par crainte d'affronter les lobbies qui ont la plus grande capacité de nuisance (industrie nucléaire, transporteurs routiers etc), par incapacité à voir que le monde a changé et que les voies du passé n'ont pas d'avenir - pire, que continuer de les suivre accumule des hypothèques de toutes sortes à la charge des générations suivantes -, le gouvernement, encore appuyé par une grande part de la représentation nationale, s'apprête à nous faire rater le coche d'un futur énergétique moderne, c'est à dire performant, sobre, moins polluant et moins risqué, le futur que nos partenaires européens ont choisi.
OVALE est persuadé que les Français ne veulent pas poursuivre dans la voie tracée a priori par les projets du gouvernement et qu'ils aimeraient pouvoir faire valoir leurs points de vue, leurs souhaits et leur droit de contrôle dans le cadre d'instances décentralisées reconnues officiellement. La condition sine qua non pour qu'une telle évolution puisse voir le jour est un coup d'arrêt de nature politique au processus enclenché par le gouvernement. C'est pourquoi OVALE demande à ce que le peuple souverain puisse se prononcer sur la question suivante par référendum :
" Je suis pour un moratoire de quinze ans sur la décision de construire toute nouvelle unité de production électronucléaire et pour une politique énergétique donnant la priorité à la réduction des gaspillages et au développement des énergies renouvelables non polluantes et non destructrices de l'environnement naturel. Répondez par OUI ou par NON. ".
Contact presse : Corinne LEPAGE 06 11 17 50 97