A l'heure où le débat sur l'énergie est décliné invariablement sur le mode moins de nucléaire, c'est plus charbon et de gaz et donc plus '' d'effet de serre '' , SOLAGRO a procédé à une analyse des bilans énergétiques nationaux à partir de la comptabilité énergétique nationale, sous une forme qui fait apparaître certains éléments qui ne sont pas explicités dans les bilans officiels. Cette approche est pourtant essentielle à toute réflexion prospective sur l'énergie : regroupement des énergies par type de source (fossiles c'est-à-dire charbon, pétrole et gaz ; nucléaire ; et renouvelables y compris l'hydraulique) ; répartition entre les deux grandes formes de l'énergie (chaleur et travail) ; besoins en énergie '' utile '' ; ventilation de la consommation finale d'électricité par source…
Cette analyse, résumée ci-après et disponible dans son intégralité (Le texte intégral - PDF 55 p.) montre qu'il est possible de s'affranchir progressivement du nucléaire par une politique reposant sur des technologies matures, sans révolution technologique ni solution miracle, sans effort de guerre, en combinant différentes actions et non une seule. Ensembles, elles peuvent réduire la contribution du nucléaire à hauteur de :
1 quart , avec la suppression des usages thermiques de l'électricité
1 tiers par les énergies renouvelables
le reste par les économies d'énergie (électricité, chauffage, transport), avec en parallèle le développement de la cogénération et des réseaux de chaleur.
Quelques confusions fréquentes ! Première confusion : la surévaluation de la place de l'uranium. Pour beaucoup, il représenterait près de 80 % de la consommation d'énergie, alors que ce chiffre ne représente que sa part dans la production primaire d'électricité .Seconde confusion : le mode de comptabilité adopté (la tep, ou tonne-équivalent pétrole) revient à comptabiliser la chaleur perdue des centrales nucléaires (dont la vapeur des grands panaches blancs) et une lecture non avertie des bilans énergétiques conduit à surestimer d'un facteur 3 le rôle du nucléaire. D'ailleurs, la nouvelle comptabilité adoptée en 2002 divise par presque 3, la part de l'électricité, dans la consommation finale d'énergie, par rapport à la comptabilité précédente ! En réalité, l'uranium ne contribue qu'à hauteur de 71 % de la consommation finale d'électricité,15 % de la consommation finale d'énergie totale, et 20 % à la couverture des besoins utiles. Ceux-ci sont assurés par ailleurs à 12 % par les renouvelables et 68 % par les énergies fossiles. Notre système énergétique reste donc largement dominé par les fossiles, et pas seulement dans le domaine des transports.
Le rendement global de notre système énergétique ? A peine 50 % ! Près de la moitié de l'énergie consommée en France est en effet '' perdue ''. Il s'agit essentiellement des applications qui consistent à fournir du travail sans utiliser la chaleur : centrales nucléaires et moteurs de véhicules. En effet, il s'agit dans ces deux cas de machines qui obéissent aux lois de la thermodynamique. Pour fournir 1 unité d'énergie sous forme de travail, elles en consomment 3 sous forme de combustible (dite énergie primaire) et en produisent 2 sous forme de chaleur - perdue si elle n'est pas récupérable, ce qui est effectivement le cas des centrales de grande capacité et des véhicules. L'énergie '' utile '' - qui tient compte des pertes et rendements des appareils, moteurs ou chaudières, depuis la source primaire jusqu'à l'utilisateur est utilisée à 1/3 sous forme de travail (au sens large : électricité dite '' spécifique '', propulsion des véhicules) et 2/3 tiers sous forme de chaleur. Ce ratio de 1 pour 2 correspond justement aux ratios précédents, c'est-à-dire au rendement de machines thermodynamiques classiques. En effet, si toute l'énergie employée en France était utilisée par des machines thermodynamiques fournissant du travail et valorisant la chaleur produite selon les principes de la co-génération, le '' rendement global '' approcherait les 100 % ! Il serait alors en théorie possible d'assurer la totalité des besoins utiles en divisant par 2 la consommation d'énergie primaire. Même si en pratique, atteindre ce rendement parfait n'est pas possible, l'amélioration du rendement global actuel offre une grande marge de manœuvre. Cette analyse impose donc la co-génération, les réseaux de chaleur, les véhicules performants… Elle privilégie la production décentralisée (sans nécessairement descendre au niveau individuel), l'effet de série plutôt que l'effet d'échelle, le service public des énergies (et notamment de la chaleur) plutôt que le seul service public de l'électricité.
Concrétement, quel scénario ? On peut à partir de ces éléments, élaborer un scénario de sortie du nucléaire selon trois axes : 1)La suppression des usages thermiques de l'électricité (chauffage surtout, mais aussi eau chaude), soit 20 % de la consommation finale d'électricité Il s'agit d'une mesure '' sans regret '' qui ne génère ni hausse de consommation d'énergie fossile ni hausse des émissions de gaz à effet de serre. En effet, un tiers de l'électricité utilisée pour ces applications est produite par des centrales à combustibles fossiles, capables de fournir l'appoint lors des pointes hivernales. Le rendement de ces centrales étant d'un tiers, on consomme autant de combustible fossile avec le chauffage électrique qu'avec un chauffage central classique au fioul ou au gaz. 2 ) La maîtrise de la demande d'électricité et l'éolien
Il existe un important gisement d'économies d'électricité sans surcoût ou dont l'investissement est rapidement remboursable (électroménager, éclairage, moteurs électriques…). Quant à l'énergie éolienne, le parallèle '' éolien ou nucléaire '' souvent entendu pose mal le débat. Il ne s'agit évidemment pas de substituer l'éolien au nucléaire, néanmoins l'éolien est capable de prendre une place significative. MDE et éolien peuvent représenter à relativement court terme près de 25 % de la consommation d'électricité. Ces trois premières mesures, qui s'imposent quelle que soit l'option choisie pour l'avenir, représenteraient alors les deux tiers de la contribution du nucléaire dans le bilan énergétique. 3) La co-génération, les autres énergies renouvelables et la maîtrise de l'énergie (dans le chauffage, les transports) Reste en effet à assurer un solde de production d'électricité : si celui-ci est couvert par la co-génération, il serait nécessaire de consommer 7 % de combustibles fossiles supplémentaires par rapport à la consommation actuelle. Pour éviter ces 7 % : quelles alternatives ? : maintenir un parc nucléaire avec toutes ses implications en termes de risques, de coût et de gestion des déchets, ou bien valoriser les gisements que représentent les énergies renouvelables (biomasse et solaire) et la maîtrise de l'énergie pour le chauffage et dans les transports. Gisements bien supérieurs à ces 7 %, sans doute moins coûteux et créateurs de plus d'emplois, avec des effets secondaires positifs (en particulier dans les transports). Il est possible d'accentuer ces mesures, tout en restant dans des hypothèses réalistes sans rupture technologique majeure, en recourant systématiquement aux '' meilleures technologies disponibles ''. Une variation annuelle de -1% des besoins d'énergie utile, de +1% du rendement énergétique global, de +6% de la production des énergies renouvelables, aboutit en 20 ans à diviser par 2 la consommation de combustibles fossiles sans recourir au nucléaire. Christian COUTURIER, juin 2002. christian.couturier@solagro.asso.fr