Le gouvernement lance le débat sur les choix énergé tiques à l'horizon 2030
PARIS, 8 jan (AFP) - Place du nucléaire, avenir des énergies renouvelables : le gouvernement a lancé mercredi un débat national sur les énergies destiné à "nourrir" un projet de loi d'orientation et à définir les choix stratégiques pour les trente prochaines années. La ministre déléguée à l'Industrie, Nicole Fontaine, a souligné mercredi, lors d'un point de presse, que "la France se trouve devant des choix et doit relever de nouveaux défis en matière énergétique auxquels il semble tout à fait essentiel d'associer les Français". "L'impératif environnemental est devenu majeur comme le rappellent les pollutions maritimes, les marchés de l'énergie se libéralisent progressivement et l'instabilité géopolitique s'accroît", a-t-elle affirmé. La France, a-t-elle ajouté, doit "opérer des choix importants et définir le bouquet énergétique des trente prochaines années, en plaçant sa réflexion dans une démarche de développement durable, dans un cadre européen et mondial". En 2002, selon un bilan fourni par le Réseau de Transport d'Electricité (RTE), la part du nucléaire dans la production d'électricité a été de 78% (en hausse de 4%), celle de l'hydraulique 12,1% et du thermique classique 9,9%. Selon un sondage CSA effectué pour le compte du ministère des Finances, rendu public mercredi, près de 70% des Français s'estiment peu ou mal informés sur les questions énergétiques. 57% se disent intéressés par ces questions, selon ce sondage réalisé du 20 au 29 novembre auprès d'un échantillon représentatif de 1.040 personnes. Si l'enquête montre que les Français connaissent bien l'origine de l'énergie utilisée (53%), ils sont moins informés sur la disponibilité future des différentes ressources énergétiques (entre 32 et 39%). Une grande majorité (67%) souhaite que la politique énergétique suivie soit soucieuse de l'environnement. Enfin, si 33% des personnes interrogées sont pour "le maintien au niveau actuel de la production d'électricité nucléaire", 49% souhaitent un rééquilibrage avec les autres formes d'énergie. Le débat national sur l'énergie donnera lieu à une série de forums entre la mi-mars et fin mai. Six rencontres sont prévues à travers la France : deux à Paris et quatre en régions (Strasbourg, Rennes, Bordeaux et Nice). Un dispositif d'accompagnement est prévu "pour favoriser la transparence du débat et le pluralisme des expressions" : un comité des sages, un comité consultatif et une mission parlementaire. Le comité des sages est composé d'un sociologue, Edgar Morin, d'un savant, Pierre Castillon, et d'un journaliste, Marc Lesggy. Le comité consultatif regroupe des élus et des représentants de la société civile tandis que la mission parlementaire a été confiée à Jean Besson, député UMP du Rhône. En outre, les associations ou organismes qui le souhaitent peuvent participer à ce débat dans le cadre d'une "initiative partenaire", dès lors qu'ils se conforment à une charte de partenariat. Des actions de communication vers le public vont être mises en oeuvre vers la mi-février, notamment à destination des jeunes et un site internet (www.debat.energie.gouv.fr) a été ouvert mercredi. Plusieurs organisations écologistes et anti-nucléaires ont déjà manifesté leur hostilité face à un débat qu'elles estiment "joué d'avance". Le réseau Sortir du nucléaire (quelque 650 associations) a annoncé qu'il manifesterait devant les sites choisis par le gouvernement "pour dénoncer une consultation truquée et une parodie de démocratie".
Les Verts veulent participer au débat sur l'énergie
PARIS, 8 jan (AFP) - Les Verts ont demandé mercredi à participer au débat sur l'énergie lancé par le gouvernement, afin que leur position "puisse être expliquée à moyens égaux avec les autres positions". Dans un communiqué, les Verts déclarent que dans la politique gouvernementale c'est "tout pour le nucléaire" et "quasiment rien pour les énergies renouvelables". "C'est comme le pâté d'alouette : une alouette d'énergies renouvelables, un cheval de nucléaire, et bien entendu rien pour la filière la plus intelligente, la chasse au gaspi". La ministre de l'Industrie Nicole Fontaine ayant annoncé des mesures pour assurer la transparence du débat -comité des sages, comité consultatif...- les Verts demandent que leur position soit expliquée "dans chaque table ronde, dans chaque débat, dans chaque insertion dans la presse payée par le gouvernement".
Débat sur l'énergie : le PS sera "extrêmement vigilant"
PARIS, 9 jan (AFP) - Le Parti socialiste sera "extrêmement vigilant pour que soit garanti le caractère pluraliste" du débat sur l'énergie lancé par le gouvernement, selon un communiqué signé jeudi par Géraud Guibert, secrétaire national en charge de l'Environnement. La vigilance du PS se fera "tant au niveau des participants que de la nature des débats et des expertises qui seront produites", précise-t-on dans le communiqué. Le PS "prend acte" de l'annonce de ce débat annoncé mercredi par la ministre de l'Industrie Nicole Fontaine, "tout en redoutant que les actes ne suivent pas, une fois de plus, les intentions affichées".
Matignon s'échauffe pour la relance du nucléaire
Libération, jeudi 9 janvier 2003 Le gouvernement a lancé hier un grand débat public sur les choix énergétiques. Par Grégoire BISEAU et Nicolas CORI
Un grand débat national sur les questions énergétiques. Parler de centrales nucléaires, de biomasse ou d'éolien pendant plusieurs semaines, un peu partout en France : voilà le grand dessein de Nicole Fontaine, ministre déléguée à l'Industrie. Hier, cette dernière a présenté, le mode d'emploi de sa grand-messe médiatique. Et tant pis si le débat risque de ne pas changer grand-chose à la volonté du gouvernement de relancer le programme nucléaire français. Mais, hier, Nicole Fontaine a tout de même tenu à soigner la forme : un site web a été spécialement créé pour l'occasion, et six forums thématiques seront organisés à travers la France, deux à Paris à la mi-mars et à la fin mai, et quatre en régions (Strasbourg, Rennes, Bordeaux et Nice). Le tout cornaqué par un comité des sages pour veiller au pluralisme (composé du sociologue Edgar Morin, du scientifique Pierre Castillon et du journaliste de M6, Marc Lesggy), un comité exécutif et enfin un député (Jean Besson, UMP), dépêché pour jouer la courroie de transmission auprès des élus. Cette campagne est censée influencer un projet de loi, prévu à l'automne, sur les grandes orientations de la politique énergétique française pour les trente ans à venir. Déminer. « C'est une grande première, c'est un pari », a reconnu Nicole Fontaine. En tout cas, un exercice casse-gueule. Trop d'intervenants, c'est prendre le risque d'aboutir nulle part. Mais réserver la tribune aux seuls experts de la nucléocratie, c'est réveiller immédiatement les associations antinucléaires. Dès dimanche, le collectif Sortir du nucléaire avait d'ailleurs pris les devants en exigeant « un même temps d'expression pour le gouvernement, les entreprises comme EDF et Areva, et les opposants » à l'atome. Le gouvernement n'est pas dans cet état d'esprit. « L'un des objectifs de ces débats, c'est aussi de faire de la pédagogie. De déminer des sujets polémiques comme le nucléaire », expliquait il y a quelques semaines une source gouvernementale. En clair et dit de manière plus directe : préparer les esprits à une relance du programme nucléaire français. Car cela ne fait plus guère de doute : le gouvernement est maintenant bien décidé à donner son accord à la cons truction du fameux EPR (European Pressurized Reactor), ce réacteur du futur développé par le français Areva (holding qui contrôle le fabricant de centrales Framatome). « On devrait y aller », confiait une source gouvernementale, il y a quelques semaines. Bien sûr, hier, Nicole Fontaine n'a pas vendu la mèche. « Aucune décision d'aucune sorte n'a été prise », a-t-elle déclaré. Néanmoins, les rencontres parlementaires de l'énergie, qui ont eu lieu le 18 décembre dernier, et qui réunissaient de nombreux professionnels du secteur à l'initiative de François-Michel Gonnot, député UMP, n'ont fait que confirmer que le sujet EPR était, désormais, une affaire quasiment réglée. A écouter les participants à cette journée-débat, il ne faisait aucun doute que la France serait amenée à construire de nouvelles centrales nucléaires. De Roselyne Bachelot, la ministre de l'Ecologie, expliquant que le grand débat sur l'énergie « devra asseoir et crédibiliser les choix énergétiques, dont celui du recours au nucléaire », à Jacques Bouchard, le directeur de l'énergie nucléaire au Commissariat à l'énergie atomique, assurant que « le renouvellement du parc nucléaire, à l'horizon 2015, se fera avec une nouvelle génération de réacteurs ». Toute l'industrie nucléaire française est depuis plusieurs semaines sur le pied de guerre. Longtemps mutique sur le sujet, EDF a repris sa campagne de sensibilisation. En octobre dernier, à Lille, dans un colloque réservé aux professionnels, Xavier Lescoeur, le patron du pôle nucléaire d'EDF, déclarait : « Il est nécessaire de lancer la construction d'un démonstrateur EPR en France pour garder intactes la compétence, la technologie et la motivation, essentielles pour maintenir l'option nucléaire ouverte. » Une première. Car, jusqu'à présent, la direction générale d'EDF refusait de s'aventurer en public sur un dossier aussi polémique. Manifestement, elle se sent aujourd'hui parfaitement en confiance (lire ci-dessous). De leur côté, les équipes d'Areva font le siège de Bercy depuis des mois. « C'est épuisant », dit-on dans l'entourage de Nicole Fontaine. C'est que le groupe, présidé par Anne Lauvergon, aurait rêvé que le gouvernement fasse un signe en faveur de l'EPR avant même le début du débat public. Pour une raison simple : le leader mondial du nucléaire civil voudrait en vendre un à la Finlande, qui a lancé un appel d'offres en octobre. Ce serait évidemment plus facile si la France affichait clairement son intention de l'adopter sur son territoire. Le cabinet de Nicole Fontaine a tenu bon. « On n'allait quand même pas donner un accord avant le début du débat », dit-on à Bercy. Cela aurait fait effectivement très mauvais genre. Areva devra patienter encore quelques semaines....
Des atomes très crochus A Matignon comme au sein de l'UMP, le lobby des pronucléaires est chez lui. Par Grégoire BISEAU Cela faisait bien longtemps que le lobby des pronucléaires n'avait pas eu d'aussi bons contacts avec un gouvernement. En tout cas, avec celui de Raffarin, il se sent chez lui. D'abord, rarement le corps des Mines, grand vivier des défenseurs de l'atome, n'avait eu autant de représentants à Bercy. Outre le conseiller en charge des questions d'énergie (un grand classique), le corps peut compter sur la fidélité de François Loos (ministre délégué au Commerce), mais surtout de Francis Mer, X-Mines et ancien administrateur d'EDF. Ce dernier a même nommé comme conseiller aux affaires parlementaires Pierre Tréfouret, ancien du Commissariat à l'énergie atomique (CEA), le temple des nucléocrates. Difficile de trouver une courroie de transmission plus efficace. Le plus troublant, c'est qu'il n'existe quasiment plus de contre-pouvoir à ce vieux lobby français au sein du gouvernement et de sa majorité. Ni au ministère de l'Environnement : Roselyne Bachelot étant devenue l'une des meilleures avocates du nucléaire. Ni même au sein des députés UMP sensibilisés aux problèmes d'écologie et d'environnement. Même au sein d'Ecologie Bleue, la composante environnement de l'UMP, on tombe nez à nez avec des vrais nucléocrates. Par exemple, Françoise Dutheil, membre du Parti radical et spécialiste des questions de nucléaire au sein d'Ecologie Bleue, est carrément une ancienne ingénieure du CEA. Une vraie zélote de l'atome qui n'hésite pas à écrire une note intitulée : « Pourquoi le retraitement du combustible nucléaire est-il indispensable ? » (octobre 2002). Depuis plusieurs semaines, Ecologie Bleue, animée par Patrice Hernu, membre de l'UMP, multiplie les consultations avec les principaux représentants de la filière nucléaire française pour alimenter le futur débat parlementaire.